Article paru dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, le 03 mai 2011 – Auteur : David GEISS
Pour éclairer leurs racines
Du Polygone à la petite cité viticole de Wangen, ce sont des frontières culturelles que transgressent Celia, Madison et Aurélie. Avec micro et caméra elles ont tenté de décortiquer et faire découvrir leur culture des gens du voyage.

- Sur le terrain à Wangen – David Geiss / DNA©
« On refait La petite maison dans la prairie », entonnent de concert les trois jeunes adolescentes. Il est midi ce vendredi sur les hauteurs de Wangen, près de Marlenheim. L’occasion d’une petite pause pour gambader entre les vignes avant de reprendre le tournage dans les ruelles aux contours médiévaux du village viticole. Caméra, perche et micro en main, elles interpellent les passants, essuient quelque refus et frappent aussi aux portes avec souvent plus de succès.
«Silence! On tourne»
Démonstration faite chez Gérard Déserbais et sa chaleureuse demeure alsacienne. « Comme j’aimerais habiter içi », s’enthousiasme Celia, 11 ans, avant de reprendre son sérieux derrière la caméra. Silence on tourne. Aurélie, 12 ans est à la perche ; Madison, 12 ans, tend le micro. Elle présente et explique d’abord le drapeau yenich, puis l’étendard rom.
Entre tziganes (gitans, roms, manouches) et non-tziganes (vanniers et yenich) la communauté des gens du voyage déjà victime de préjugés prête souvent à confusion. Et nos trois jeunes réalisatrices ont elles-mêmes quelquefois, dans leur quartier du Polygone à Strasbourg, un peu de mal à s’y retrouver. Alors autant partir, ne serait-ce qu’une journée, à la campagne, pour se découvrir.
« Pour vous c’est quoi un raciste ? », interroge Madison. « Beaucoup de gens sont racistes par héritage, par peur. Mais faut essayer de ne pas être raciste. Vaut mieux s’intéresser à la culture de l’autre, que la rejeter », développe Gérard Déserbais. Sourires des trois adolescentes et sentiment partagé d’apaisement après une intense semaine de tournage. « Nous avons d’abord filmé dans leur quartier puis nous sommes allés au centre-ville de Strasbourg », rappelle leur accompagnateur et réalisateur Eric Schlaflang. Une expérience urbaine qui les a menés au bout d’elles-mêmes. Mais aller vers l’autre provoque aussi des larmes. Celia en est encore tout émue : « Mais maintenant ça va et ici, aujourd’hui, j’y vais cash ». « Exprime-toi calmement et regarde les gens dans les yeux quand tu parles », corrige quelquefois Eric Schlaflang.
Projection en novembre à Strasbourg
Sans insister, tant les progrès sont déjà tangibles : « L’objectif de ce court-métrage est de sortir ces filles de leur cadre naturel et de les remettre sur leur propre chemin », analyse-t-il. « Ceci en tablant sur l’effet miroir que peuvent constituer ces tournages successifs dans le quartier, le centre-ville puis la campagne ». Cette initiative réunit les associations strasbourgeoises Lupovino, Répliques et Alliance Ciné Alsace et débouchera sur une projection dans le cadre du festival du film des droits de l’homme en novembre prochain (16-22 novembre au cinéma Star à Strasbourg).
A défaut de petite maison dans la prairie, c’est de la dignité, de l’humanité, de l’ouverture d’esprit et des racines sur bobines que, Celia, Madison et Aurélie mettront à l’affiche.
David Geiss